J'aimais bien ma docteure d'où j'habitais avant. Elle me tutoyait et tutoyait tout le monde. Du coup, moi aussi je la tutoyais et l'appelais par son prénom. J'aimais bien le bordel qu'il y avait sur son bureau et dans l'ensemble de son cabinet, qui respirait la chaleur humaine. J'aimais bien quand elle me disait que je devais vraiment pas être bien, alors que j'avais juste une rhino-pharyngite. Elle prenait le temps et plaisantait souvent. J'aimais bien aussi son petit côté révoltée de la vie, qui faisait qu'elle s'énervait contre plein de choses. J'aimais bien quand elle soupirait parce qu'elle se sentait débordée et que l'instant d'après elle rigolait avec un patient au téléphone. Mon docteur d'ici est un homme grand et tout froid, qui me sourit machinalement quand il me serre la main. Son cabinet est bien rangé et tout froid, comme lui. Il parle peu et bas. Quand il répond au téléphone, il articule à peine son nom. Il regarde beaucoup son ordinateur.  Il m'explique comment je dois prendre mes médicaments d'un air très professionnel et aussi comment agit ce médicament. Quand je sors du cabinet, il me souhaite bonne journée, mais ses yeux ne sourient toujours pas. En plus, dans la salle d'attente, quelqu'un avait arraché les pages "Ecosse" de "Grands Reportages". Je vais peut-être chercher un autre docteur.